Articles dans Hack
[La tech vue par une non-geek] Réflexions sur les tendances: Retro Trust

Il y a quelque temps, j’ai lu un article de Singularity Hub sur les «tendances non-évidentes» qui sont en train d’influer sur notre avenir à tous. Comme son nom indique, il ne s’agit pas de robots, ni d’intelligence artificielle, ni des smart cities, ni de big data. Sans aucun doute, tout cela accélère les changements, ce qui génère un certain nombre des tendances pointées par cet article, et qui émanent de neuf ans de recherche par l’auteur Rohit Bhargava. Quelques-une de ces tendances parlent à mon côté pas vraiment geek et me donne une bonne excuse pour vous parler d’autres sujets qui m’intéressent. 🙂

La première de ces tendances est ce que Bhargava appelle le «Retro Trust». Il précise que «les gens sont attirés par les expériences nostalgiques». Face à une technologie qui remplace rapidement le vieux avec le clinquant du neuf, il déduit que les gens recherchent le familier et le fiable pour contrecarrer ce changement trop rapide. Ses exemples comprennent l’engouement pour les disques vinyl et l’utilisation des téléphones réduite aux appels et aux SMS. Et son conseil pour les dirigeants est de capitaliser sur ce sentiment en recherchant des opportunités de collaboration et des façons de faire apparaître le fiable et le familier dans le neuf.

Moi, je pense à l’intérêt pour la simplicité et le minimalisme numérique dont j’ai déjà parlé, dans l’article «Tech & Stress: Et si on parlait de connexion réfléchie plutôt que du droit à la déconnexion?»

Et je pense aussi à l’engouement pour la méditation et la pleine conscience, très à la mode dans les entreprises. Et à juste titre: des études innombrables démontrent les bénéfices de cette pratique pour réduire le stress et même changer son cerveau (si, si).

Les leaders du fitness et du bien-être en parlent sans arrêt et vous expliquent pourquoi vous ne pouvez pas vous permettre de ne pas méditer. Tout entrepreneur, dirigeant et manager de nos jours devrait d’explorer cette pratique. D’ailleurs, la méditation fait également partie des «hacks» (des actions à l’impact multi-supérieur à l’effort demandé) les plus puissants pour retrouver une autre activité un peu nostalgique de notre temps: le sommeil — très important pour notre productivité et notre bien-être et bien trop négligé: un quart des français se plaint de manquer de sommeil, et un tiers déclare souffrir de troubles de sommeil.

Je tire de cette tendance quelques idées pour faire face aux changements incessants de nos vies très actives:

  • Focalisez-vous sur la fiabilité et le familier

  • Simplifiez-vous la vie ou celle de vos clients

  • Méditez et dormez

 
 
L’attention fractale… ou les conséquences de se croire aussi multitâche que son smartphone

Nos appareils sont formidables avec leur capacité de faire plusieurs choses à la fois, avec de nombreuses fenêtres ouvertes en même temps et parfois même plusieurs écrans branchés pour multiplier la surface de travail, des tâches de fonds qui tournent sans arrêt...

Mais soyons clair. Vous, tout être humain que vous êtes, n’êtes pas multitâche. Ni les hommes, ni les femmes.

Au contraire même, si l’on en croit les conseils du professeur en neurosciences du Massachusetts Institute of Technology, Earl Miller: ne faites jamais plusieurs tâches à la fois. De toute façon, ce n’est jamais «à la fois» mais toujours l’une après l’autre. Des allers-retours. Chaque transition prend quelques millisecondes et a un coût cognitif—c’est énergivore et cela réduit la capacité d’attention que vous pouvez réserver à la tâche. De plus, à chaque fois que vous changez de tâche, il y a ce qu’on appelle “résidus d’attention” (attention residue) — c’est-à-dire, le temps nécéssaire pour que votre cerveau traite les informations de la tâche précédente, et qui empiète donc sur la tâche en cours.

Finalement, une des conséquences de cette tendance que nous avons tous de croire que le dernier SMS est suffisamment important pour interrompre la tâche en cours entraîne un partage d’attention permanent. C’est ce que j’appelle l’attention fractale, qui n’est pas compatible avec un état optimal de concentration et de performance.

Par ailleurs, tenter d’être multitâche est stressant, comme toute activité où la demande excède la capacité. Votre cortex ne peut se focaliser que sur une seule chose à la fois. Comme ce qu’on demande à notre cerveau est impossible, le corps y répond avec un bon coup d’adrénaline, et hop, on a l’impression d’avoir plus d’énergie, alors qu’en réalité le cerveau dispose de moins de sang pour réfléchir… hum…

Vous n’êtes pas encore convaincu? Considérez donc ceci. Le multitâche…

  • ça vous rend bête: on a pu mesurer que cela faisait baisser le QI (source: ScienceDirect.com).

  • ça vous rend impulsif: «Une des premières choses que nous perdons est le contrôle des impulsions. Cela mène rapidement à un état d'épuisement dans lequel, après avoir pris de nombreuses décisions insignifiantes, nous pouvons finir par prendre de mauvaises décisions à propos de quelque chose d'important.» (Daniel Levitin, neuroscientifique, sur l’approche multitâche).

  • ça vous rend dépendant: Levitin précise aussi que, «le multitâche crée une boucle de rétroaction dopamine-dépendance, récompensant efficacement le cerveau pour sa perte de concentration et pour sa recherche constante de stimulation externe».

  • ça détruit des parties du cerveau: une étude de l’Université du Sussex (Royaume-Uni) a montré que les pratiquants du multitâche multiple avaient une densité cérébrale inférieure dans le cortex cingulaire antérieur. C'est la région du cerveau responsable de l'empathie et du contrôle émotionnel, le siège de l’intelligence émotionnelle

  • ça affaiblit vos filtres: selon des études faites par l’Université de Stanford, plus on multitâche, plus on a du mal à éviter les distractions et moins on est efficace pour contrôler les passages d’une tâche à l’autre. La spirale infernale est claire: on reçoit des milliers d’informations tous le temps, alors que l’on est capable de n’en traiter qu’une quarantaine maximum à la fois. Nos filtres internes nous permettent de faire le tri. Quand on n’y arrive pas, on bascule dans des états de stress permanents.

  • ça entrave la créativité et l’innovation: selon Earl Miller (voir ci-dessus), «La pensée novatrice provient d'une concentration accrue… Lorsque vous essayez de faire plusieurs choses en même temps, vous n'allez généralement pas assez loin pour trouver quelque chose d'original parce que vous faites des retours en arrière en permanence».

  • … n’est vraiment accessible qu’à 2% de la population. On les appelle les supertaskers, et si vous êtes sûr d’en faire partie, hum… évaluez-vous vraiment…

Suivez donc les conseils du Professeur Miller, qui ajoute: «supprimez toutes les distractions pour contrer la soif de nouveauté de votre cerveau, et planifiez des plages de temps pour chaque tâche de façon individuelle.” C’est franchement plus efficace (+40%).

To multitâche or not to multitâche…
Tech & Stress : Nos bonnes (et mauvaises) habitudes... et comment lutter contre ces dernières

Avez-vous essayé de désactiver les alertes automatiques sur vos différents appareils ? Qu’avez-vous ressenti? Vous sentiez-vous soulagé? Plus calme? Ou en manque?

Oui, on peut ressentir un manque, car notre façon d’utiliser la technologie devient vite une habitude, et comme notre cerveau est de nature à vouloir dépenser le moins d’énergie possible, il n’aime pas changer ses habitudes.

Selon la neuroscientifique Dr. Sarah McKay, le cerveau, bien que restant plastique et changeant toute la vie, ne change que s’il a une bonne raison de le faire. D’ailleurs, trouver une raison motivante est la première étape pour apprendre une nouvelle compétence... ou opérer un changement.

C’est pourquoi, parler des habitudes revient à poser la question du choix. Ce dernier joue-t-il un rôle dans votre utilisation des technologies au quotidien?

Le Dr. Greg Wells, co-auteur du livre The Focus Effect, nous rappelle que la technologie n’est pas un problème en soi, et qu’elle est même incroyable, positive et utile. C’est plutôt notre utilisation passive au lieu d’intentionnelle qui pose problème.

Les habitudes: un formidable hack d’optimisation

Les habitudes nous font gagner à la fois du temps et de l’énergie. Imaginez, par exemple, l’énergie que vous dépenseriez si à chaque fois que vous voyez une porte, il fallait penser à comment l’ouvrir. Et nous avons tous la capacité de créer des habitudes de façon consciente. Je décide de me lever pour faire du sport tous les matins, je le fais en me forçant au début, et au bout d’un certain temps—entre 18 et 254 jours—ça devient automatique. J’ai créé une habitude. Rassurez-vous, cette création est plus aisée si on rend la chose à faire très visible (rappels, post-its, etc.), car le cerveau aura tendance à oublier au début. Faire par palier facile aide également (5 minutes de mouvement avant de tenter une heure de Crossfit).

Aristote va plus loin pour nous dire que l’habitude nous crée: «Nous sommes ce que nous faisons à plusieurs reprises». Et il poursuit: «L’excellence n’est donc pas un acte, mais une habitude».  Quelle est l’implication de cette définition sur notre utilisation habituelle de la technologie?

Vous utilisez vos appareils sans y penser ? Donc de manière habituelle ? Si on en croit Aristote, cela fait de vous quelqu’un d’excellent alors ? Euh… comment dirais-je… réfléchissons tout de même un peu…

Effectivement, si nous utilisons notre téléphone pour nous rappeler de faire une pause toutes les 50 minutes, par exemple pour faire un tour dehors en comptant ses pas grâce à sa montre intelligente, cela peut contribuer à votre excellence, tout comme d’activer de façon automatique le mode nuit sur le téléphone et la tablette à partir du coucher du soleil (qui limite l’exposition à la lumière bleu afin de préserver sa production de mélatonine, et par conséquent son sommeil). L’appareil crée l’habitude pour vous.

En revanche… consulter son compte Facebook ou instagram en permanence, regarder sa messagerie tout le temps et à toute heure, même en pleine conversation avec son partenaire ou ses enfants, perdre la notion du temps devant son écran… ça, c’est une autre paire de manches.

Le risque de l’addiction?

Selon un article récent publié dans Psychology Today, voici quelques questions qui pourraient vous guider dans votre réflexion sur votre utilisation de la technologie:

  • Avez-vous remarqué une augmentation de la fréquence d'utilisation de vos appareils?

  • Vous êtes-vous senti coupable de la fréquence à laquelle vous utilisez vos appareils?

  • Avez-vous une forte envie d'utiliser vos appareils?

  • Lorsque vous les utilisez, êtes-vous de meilleure humeur? Avez-vous des frissons?

  • Si vous ne pouvez pas les utiliser, ressentez-vous une gêne?

  • Avez-vous essayé de réduire le temps d'utilisation de votre appareil? Si oui, avez-vous réussi?

  • Vos proches se sont-ils plaints de votre utilisation? Si oui, avez-vous maintenu votre taux d'utilisation indépendamment de leurs plaintes?

Ces questions n’ont pas pour objectif de poser un diagnostic et ne remplace en aucun cas l’avis d’un spécialiste. Par contre, je les trouve intéressantes pour alimenter une reflexion. Par exemple, en établissant une échelle de 1 à 10, allant de l’habitude non-réfléchie jusqu’au choix pleinement réfléchi, en pleine conscience.

Je vous propose une exercice. Tous les demi-heures pendant une demi-journée ou même toute une journée, prenez quelques minutes pour noter comment vous avez utilisé la technologie (ordinateur, applis, téléphone mobile, smart-”tout ce que vous voulez”…) et évaluez sur cette échelle de 1 à 10 si vous êtes dans le non-choix (habitude, voire addiction) — 1 — ou dans le choix pleinement conscient — 10.

Si vous le souhaitez, partagez votre expérience dans les commentaires.

Comme bonus, voici trois hacks pour casser une (mauvaise) habitude:

  • La rendre invisible: une heure avant de vous coucher, éteignez votre téléphone et cachez-le dans le placard.

  • La rendre difficile: choisissez un placard à l’autre bout de la maison par rapport à votre lit (dans la cuisine par exemple) pour éviter de regarder vos mails avant de vous coucher.

  • La rendre inconfortable: mieux encore, un placard dans le garage non-chauffé, avec une caméra qui détecte si vous venez chercher votre téléphone le soir et qui publie sur Facebook que vous n’avez pas pu résister… l’humiliation publique est très efficace. Oui bien sûr c’est un peu exagéré… mais vous avez compris l’intention 😉.

bonnes habitudes, mauvaises habitudes, technologie et stress