L’attention fractale… ou les conséquences de se croire aussi multitâche que son smartphone

Nos appareils sont formidables avec leur capacité de faire plusieurs choses à la fois, avec de nombreuses fenêtres ouvertes en même temps et parfois même plusieurs écrans branchés pour multiplier la surface de travail, des tâches de fonds qui tournent sans arrêt...

Mais soyons clair. Vous, tout être humain que vous êtes, n’êtes pas multitâche. Ni les hommes, ni les femmes.

Au contraire même, si l’on en croit les conseils du professeur en neurosciences du Massachusetts Institute of Technology, Earl Miller: ne faites jamais plusieurs tâches à la fois. De toute façon, ce n’est jamais «à la fois» mais toujours l’une après l’autre. Des allers-retours. Chaque transition prend quelques millisecondes et a un coût cognitif—c’est énergivore et cela réduit la capacité d’attention que vous pouvez réserver à la tâche. De plus, à chaque fois que vous changez de tâche, il y a ce qu’on appelle “résidus d’attention” (attention residue) — c’est-à-dire, le temps nécéssaire pour que votre cerveau traite les informations de la tâche précédente, et qui empiète donc sur la tâche en cours.

Finalement, une des conséquences de cette tendance que nous avons tous de croire que le dernier SMS est suffisamment important pour interrompre la tâche en cours entraîne un partage d’attention permanent. C’est ce que j’appelle l’attention fractale, qui n’est pas compatible avec un état optimal de concentration et de performance.

Par ailleurs, tenter d’être multitâche est stressant, comme toute activité où la demande excède la capacité. Votre cortex ne peut se focaliser que sur une seule chose à la fois. Comme ce qu’on demande à notre cerveau est impossible, le corps y répond avec un bon coup d’adrénaline, et hop, on a l’impression d’avoir plus d’énergie, alors qu’en réalité le cerveau dispose de moins de sang pour réfléchir… hum…

Vous n’êtes pas encore convaincu? Considérez donc ceci. Le multitâche…

  • ça vous rend bête: on a pu mesurer que cela faisait baisser le QI (source: ScienceDirect.com).

  • ça vous rend impulsif: «Une des premières choses que nous perdons est le contrôle des impulsions. Cela mène rapidement à un état d'épuisement dans lequel, après avoir pris de nombreuses décisions insignifiantes, nous pouvons finir par prendre de mauvaises décisions à propos de quelque chose d'important.» (Daniel Levitin, neuroscientifique, sur l’approche multitâche).

  • ça vous rend dépendant: Levitin précise aussi que, «le multitâche crée une boucle de rétroaction dopamine-dépendance, récompensant efficacement le cerveau pour sa perte de concentration et pour sa recherche constante de stimulation externe».

  • ça détruit des parties du cerveau: une étude de l’Université du Sussex (Royaume-Uni) a montré que les pratiquants du multitâche multiple avaient une densité cérébrale inférieure dans le cortex cingulaire antérieur. C'est la région du cerveau responsable de l'empathie et du contrôle émotionnel, le siège de l’intelligence émotionnelle

  • ça affaiblit vos filtres: selon des études faites par l’Université de Stanford, plus on multitâche, plus on a du mal à éviter les distractions et moins on est efficace pour contrôler les passages d’une tâche à l’autre. La spirale infernale est claire: on reçoit des milliers d’informations tous le temps, alors que l’on est capable de n’en traiter qu’une quarantaine maximum à la fois. Nos filtres internes nous permettent de faire le tri. Quand on n’y arrive pas, on bascule dans des états de stress permanents.

  • ça entrave la créativité et l’innovation: selon Earl Miller (voir ci-dessus), «La pensée novatrice provient d'une concentration accrue… Lorsque vous essayez de faire plusieurs choses en même temps, vous n'allez généralement pas assez loin pour trouver quelque chose d'original parce que vous faites des retours en arrière en permanence».

  • … n’est vraiment accessible qu’à 2% de la population. On les appelle les supertaskers, et si vous êtes sûr d’en faire partie, hum… évaluez-vous vraiment…

Suivez donc les conseils du Professeur Miller, qui ajoute: «supprimez toutes les distractions pour contrer la soif de nouveauté de votre cerveau, et planifiez des plages de temps pour chaque tâche de façon individuelle.” C’est franchement plus efficace (+40%).

To multitâche or not to multitâche…