Tech & Stress: Et si on parlait de connexion réfléchie plutôt que du droit à la déconnexion?

À l’heure du tout numérique et du «digital» (sic) à toutes les sauces, les entreprises se penchent sur la déconnexion, suite au droit à la déconnexion voté en 2016. Et si on parlait plutôt de connexion réfléchie et maîtrisée? Ce sont les termes que je préfère, car le vrai problème n’est pas la technologie en soit mais ce qu’on en fait, le rapport que l’on entretient avec l’outil et comment on perçoit ses fonctions.

Pour ma part, je n’ai aucunement envie de déconnexion. J’aime Netflix qui me tient compagnie quand je ne dors pas, Alexa qui allume la lumière à la demande quand je me lève le matin, les battements binauraux créés par des enregistrements que je télécharge pour booster ma méditation matinale. J’aime consulter la variabilité de ma fréquence cardiaque calculée par ma bague connectée Oura afin de déterminer si après la méditation je fais du tai chi ou si j’ouvre une appli pour trouver un entraînement intense et optimisé de sept minutes. J’aime la lecture de quelques pages sur mon Kindle en buvant mon café (au beurre, mais ça c’est une autre histoire) et en passant en revue mes objectifs et les habitudes que je suis en train de créer, le tout grâce aux différents appareils et applis. Et tout ça, avant même de commencer ma journée de travail.

D’accord, d’accord, le droit à la déconnexion n’a rien à voir avec le «digital detox» (se couper de tous ses appareils pendant une période déterminée). Ceci dit, vous remarquerez que la routine matinale décrite ci-dessus ne fait pas du tout mention ni de Facebook, ni de courriels, ni de SMS. Je pars du principe que pour maîtriser ma journée, elle doit commencer par les priorités qui sont les miennes et non pas celles des autres. Nous savons tous que nos appareils connectés et toutes leurs fonctions ont la fâcheuse habitude de détruire les frontières du temps et de l’espace, et de faire fondre les limites entre la vie professionnelle et la vie privée. Je vous l’accorde, se déconnecter permet de recréer des frontières pour mieux se re-connecter, de façon intentionnelle.

Le droit à la déconnexion

Face à une perte de limites entre vie professionnelle et vie privée, une étape simple est de bien définir les limites, ce qui est certainement, au fond, l’objet de cette loi.

Le CGT définit ce droit à la déconnexion:

Les outils numériques exigent de nouvelles protections pour garantir l’effectivité du droit en matière de temps de travail, de repos et de santé des salarié.e.s. L’enjeu est de garantir un réel droit à la déconnexion par rapport à la vie professionnelle afin de préserver la vie privée et la santé.

La loi, en revanche, ne prévoit pas de définition plus précise, laissant aux entreprises la liberté de définir les modalités. Les pistes sont nombreuses:

  • Réduire la charge du travail

  • Encadrer l’usage des outils numériques

  • Définir des chartes concernant les moyens de communication tels les emails (rappelons que l’échange de courriels est un moyen de communication asynchrone qui, donc, n’oblige pas à une réponse immédiate).

Le bouton OFF

Quels sont les leviers à utiliser pour réduire la connexion qui déborde? Comment optimiser l’utilisation des outils? Il y a une place pour la formation des managers et les RH sur le sujet.

Vous n’avez pas besoin d’attendre une charte de la déconnexion. En tant qu’être humain pensant, vous pouvez décider à tout moment de remettre des limites.

Oui, on risque le ridicule, les critiques, des questionnements, voire même l’isolement. Du moins, c’était mon expérience avant même d’avoir un téléphone portable — ça me date un peu — quand par choix, je ne répondais pas au téléphone fixe après 19h—pour personne, professionnel ou personnel. Au bout d’un certain temps, les gens qui voulaient vraiment me joindre ont pris l’habitude de m’appeler avant.

Maintenant, grâce à cette loi, la hiérarchie ne peut plus insister que vous répondiez aux courriels en dehors du temps de travail. Mais, vous, vous fixez-vous vos propres limites? Que l’on soit salarié ou chef d'entreprise, cela vaut la peine de s'y astreindre volontairement, pour éviter l'épuisement. Optez pour une connexion réfléchie et une déconnexion choisie—le bouton OFF est la fonction la plus importante des smartphones et des autres appareils.

Le minimalisme numérique

Je vous invite, donc, à la découverte du minimalisme numérique, une philosophie qui vous encourage à vous demander quels outils de communication numériques (et les comportements qui les entourent) ajoutent de la valeur à votre vie. Ce courant de pensée, promu par Cal Newport et d’autres, est motivé par la conviction que la suppression intentionnelle et agressive du bruit numérique de faible valeur combinée à l'optimisation de l’utilisation des outils réellement utiles peuvent améliorer considérablement votre vie. De façon générale, il l’applique à la sphère privée, mais il me semble tout aussi pertinent dans le cadre professionnelle.

Quelques étapes pour commencer:

  • Faites une pause des “technologies non-essentielles”

  • Identifier ce qui vous importe vraiment. À quoi voulez-vous consacrer votre temps? Au travail, vous pouvez formuler la question autrement: Qu’est-ce qui est vraiment lié à ma fonction?

  • Réintroduire les technologies qui ajoutent de la valeur à votre vie ou qui vous permet d’ajouter de la valeur dans votre travail.

droit à la déconnexion